La Fable Moderne du Coureur et de l’Horloge
Dans une ville où tout le monde marchait trop vite,
vivait un homme nommé Adrien.
Il courait du matin au soir :
courir pour arriver,
courir pour réussir,
courir pour ne pas “perdre du temps”.
Il avait une montre connectée qui vibrait toutes les dix minutes,
comme un petit maître impatient.
Chaque vibration lui rappelait qu’il était “en retard” sur quelque chose.
Un jour, sa montre tomba en panne.
Plus de notifications.
Plus de rythme imposé.
Plus de minuteur.
Adrien sentit d’abord une panique étrange,
comme si le monde allait s’effondrer sans ce tic-tac numérique.
Puis il leva les yeux.
Il vit un rayon de soleil glisser sur un mur.
Il entendit un rire d’enfant au loin.
Il sentit l’air frais sur sa peau.
Des choses simples, banales, invisibles quand il courait.
Il s’assit sur un banc.
Juste s’asseoir.
Sans objectif.
Sans urgence.
Une vieille dame passa et lui dit :
— Vous avez l’air de quelqu’un qui attend quelque chose.
— Je ne sais pas, répondit-il. Peut-être que j’attends… rien.
— Alors vous êtes en avance, dit-elle en souriant.
Car ceux qui n’attendent rien sont déjà arrivés.
Adrien comprit alors que le temps n’était pas un adversaire.
C’était un compagnon.
Et qu’on ne vit pas mieux en le poursuivant,
mais en marchant à côté de lui.