La Cigale, tout l’été,
avait chanté, dansé, posté, liké,
sur TikTok, Insta, YouTube,
et même sur des plateformes dont personne ne se souvenait déjà.
Elle vivait en direct,
en stories,
en filtres papillon,
en vidéos de 12 secondes
où elle expliquait la vie
sans jamais la vivre vraiment.
Pendant ce temps,
la Fourmi, elle,
ne faisait pas de bruit.
Elle rangeait, elle triait,
elle sauvegardait ses fichiers,
elle mettait ses graines dans des bocaux,
elle réparait ses outils,
elle coupait les notifications
comme on coupe le bois pour l’hiver.
La Cigale, en la voyant, riait :
« Ma pauvre Fourmi !
Tu t’ennuies !
Tu rates tout !
Regarde, j’ai 12 000 vues !
Et toi, tu n’as même pas un follower ! »
La Fourmi souriait,
un sourire calme,
le genre de sourire qui a déjà vu passer
des étés, des hivers,
des modes, des applis,
et même des réseaux sociaux disparus
sans laisser de trace.
Puis l’hiver arriva.
Un vrai.
Un de ceux où le vent coupe le Wi-Fi
et où la batterie fond plus vite que la neige.
La Cigale, grelottante,
sans data, sans réseau, sans likes,
vint frapper à la porte de la Fourmi.
« Ma sœur, prête-moi un peu de chaleur,
un peu de soupe,
et… si tu peux…
ton code Wi-Fi ? »
La Fourmi la regarda,
non pas sévère,
mais douce,
comme quelqu’un qui sait déjà la morale
avant même de la dire.
« Tu as chanté tout l’été,
tu as dansé,
tu as scrollé,
tu as brillé…
Eh bien… repose-toi maintenant.
Ici, on vit en mode avion. »
La Cigale baissa la tête.
Elle s’attendait à être chassée.
Mais la Fourmi ajouta :
« Entre.
Tu mangeras.
Tu te réchaufferas.
Mais tu rangeras aussi.
Et tu apprendras à vivre
sans te filmer. »
La Cigale entra,
et pour la première fois depuis longtemps,
elle posa son téléphone.
Il vibra encore une fois…
puis s’éteignit.
Et elle ne le ralluma pas.