En ce temps‑là…
On mangeait à table, ensemble.
On parlait, on riait, on chantait parfois.
La radio jouait doucement, mais personne n’avait un écran dans les mains.
Le repas était un moment de famille, pas un moment solitaire.
Les fêtes, les bals, les kermesses
On dansait, on chantait, on se retrouvait.
Les bals du samedi soir, les fêtes de village, les repas de quartier…
On vivait en groupe, on partageait, on existait ensemble.
La vie était parfois dure, mais collective.
On vivait avec les autres, pas à côté d’eux. Dans les années 60, l’enfance se vivait dehors, dans la poussière, la lumière, les odeurs de craie, de soupe, de laine mouillée et de goûters simples.
On sortait le matin, on rentrait le soir, et entre les deux, il y avait la liberté, la vraie, celle qui se gagne en courant, en tombant, en se relevant.
Les garçons
Les garçons portaient presque tous la même tenue, comme un uniforme non officiel :
- chaussettes hautes tirées jusqu’au mollet,
- pantalon court, même quand il gelait,
- pull en laine qui grattait,
- chaussures solides, parfois ressemelées.
On courait, on sautait, on se salissait, et personne ne s’en étonnait.
Les genoux étaient écorchés, les mains noircies par la terre ou la craie.
Les filles
Les filles avaient une élégance simple, presque rituelle :
- robe ou jupe,
- gilet boutonné,
- cheveux attachés : tresses, couettes, rubans, barrettes,
- chaussures plus fines, parfois vernies le dimanche.
Elles jouaient, riaient, couraient aussi, mais dans un cadre plus “sage”, parce que l’époque le voulait ainsi.
À l’école : deux mondes séparés
L’école n’était pas mixte.
Les garçons d’un côté, les filles de l’autre.
Deux cours de récréation, deux rangées, deux univers.
Pas de mélange.
Pas de mixité.
Pas de “pot” commun.
Chacun son monde, chacun sa place.
Les maîtres pour les garçons, les maîtresses pour les filles.
Les jeux aussi étaient séparés.
Et quand un enfant n’écoutait pas, on n’avait pas besoin de crier :
un simple “pan pan cucu !” suffisait à remettre de l’ordre, avec un sourire caché derrière la petite menace douce.
Les jeux d’enfance
Les billes
On jouait dans la poussière, dans les trous, dans les cercles tracés au talon.
Les billes claquaient, roulaient, s’entrechoquaient.
On gagnait, on perdait, on échangeait.
Chaque bille avait une histoire.
Les osselets
Un jeu d’adresse, de précision, de patience.
On lançait, on rattrapait, on comptait.
Les doigts devenaient agiles, le regard précis.
Le tricotin
Trois continents dessinés, trois zones à conquérir.
On lançait, on visait, on calculait.
On apprenait à réfléchir en jouant.
Les cabanes
Trois planches, deux branches, un vieux drap.
Les cabanes étaient des refuges, des secrets, des royaumes.
On y inventait des histoires, des alliances, des serments.
Les vélos bricolés
Un vieux cadre, une roue voilée, un guidon tordu.
On réparait, on ajustait, on apprenait la mécanique sans le savoir.
On roulait jusqu’au soir, jusqu’à l’épuisement heureux.
La corde à sauter
Les filles chantaient, les garçons défiaient.
La corde tournait vite, très vite.
On riait, on tombait, on recommençait.
La marelle
Une craie, un caillou, et le ciel à portée de pied.
On sautait sur un pied, on se penchait, on perdait l’équilibre.
La marelle, c’était un voyage.
La sécurité, l’entente, la façon de vivre
Il y avait :
La sécurité par les gens
Les voisins se connaissaient.
Les portes n’étaient pas toujours fermées à clé.
Un enfant dans la rue n’était jamais vraiment seul.
On veillait les uns sur les autres, sans caméra, sans alarme, sans application.
L’entente minimale
On pouvait ne pas s’aimer, mais on se parlait.
On se croisait, on se connaissait de vue.
On savait “qui était qui”.
On vivait ensemble, pas côte à côte.
Les repas partagés