Larmes de mon corps
Le corps est une cathédrale où résonne le deuil,
un espace exigu où la douleur prend racine.
Elle s’enroule aux vertèbres, s’agrippe au seuil
de chaque pensée, de chaque fibre, de chaque épine.
La souffrance morale, ce brouillard qui dévore,
rejoint le mal physique en un sombre baiser ;
rien ne s’efface seul au lever de l’aurore,
le temps n’est plus ce baume autrefois apaisé.
Il faut alors choisir le secours du remède,
cette main de chimie qui vient calmer l’effroi,
ou laisser au chagrin le terrain qu’il possède
et laisser s’écouler les larmes, goutte à goutte, sur soi.
Mais le poison de l’oubli dans le verre se fige :
il éteint la brûlure mais gèle aussi le feu.
Je préfère le sel, ce précieux vestige
qui libère le poids de mon ciel trop bleu.
La chimie n’est qu’un voile sur un gouffre béant,
un silence imposé par la main du savant ;
je choisis la douleur, ce ruisseau frémissant,
car chaque larme offerte est un pan de mon sang.
Que le chagrin m’habite, qu’il creuse son sillon,
je préfère ce déluge à ce calme imposé.
Chaque goutte qui tombe est une libération,
le seul chemin sacré pour enfin m’apaiser.
Car dans l’eau qui s’échappe et finit par couler,
c’est toute la souffrance qui, au sol, vient mourir.
Point besoin de pilules pour se faire oublier :
il n’y a que les larmes pour apprendre à guérir.
Et lorsque les larmes cessent enfin de tomber,
il reste ce silence nu où l’on recommence à respirer, fragile mais vivant.