Michel

Ecrit:

C’était hier

Ecrit: C’était hier


21 janvier 2026 par Michel

Miroir c

 

INTRODUCTION — Avant que tout ne bascule

Il fut un temps où la vie avançait lentement, presque maladroitement, comme un vieux cheval fatigué mais fidèle.
On ne parlait pas de progrès, on parlait de faire ce qu’on pouvait avec ce qu’on avait.
Les journées avaient une odeur de terre, de bois, de pluie, de pain chaud.
Les gestes étaient simples, les attentes modestes, les besoins clairs.

On ne cherchait pas à aller plus vite.
On cherchait juste à tenir debout.

Puis, sans qu’on s’en rende compte, quelque chose a changé.
Les machines sont entrées dans nos maisons comme des invités polis, puis elles ont pris la place du silence, de la patience, du temps.
On a cru gagner du confort.
On a perdu autre chose, plus discret, plus vital.

Ce texte raconte ce glissement.
Ce passage d’un monde rugueux mais humain
à un monde lisse mais vide.
Ce n’est pas un regret.
C’est un constat.
Un miroir qu’on n’ose plus regarder.

 

C’était hier

C’était hier.
Ou peut‑être il y a une vie.
Un temps où l’on vivait avec le monde, pas à côté de lui.
Un temps où l’on n’avait pas grand‑chose, mais où ce “pas grand‑chose” suffisait à tenir debout.

On se levait avec la lumière, pas avec une alarme.
On savait si le pain était prêt en écoutant le bruit du four, pas en regardant une application.
On connaissait la météo en levant les yeux, pas en consultant un radar coloré.
On parlait aux voisins en frappant à la porte, pas en envoyant un message qui reste sans réponse.

On vivait lentement, parfois trop lentement, mais on vivait entier.

Les enfants jouaient dehors, dans la boue, dans les arbres, dans les fossés.
Aujourd’hui, ils jouent dans des rectangles lumineux qui leur mangent les yeux.
Hier, on apprenait la patience en attendant que l’eau chauffe.
Aujourd’hui, si la vidéo met trois secondes à charger, on soupire.

Hier, on réparait une radio, un vélo, une chaise.
Aujourd’hui, on jette.
On remplace.
On oublie.

Hier, on écrivait des lettres.
On attendait des nouvelles.
On relisait les mots.
Aujourd’hui, on envoie des messages qui disparaissent,
des photos qui s’effacent,
des pensées qui ne durent pas plus longtemps qu’un défilement de pouce.

Hier, on connaissait le silence.
Le vrai.
Celui qui fait peur mais qui apaise.
Aujourd’hui, on met des écouteurs pour ne plus entendre ce qu’on ressent.

Hier, on travaillait avec ses mains.
On portait, on poussait, on creusait, on construisait.
On rentrait fatigué, mais fatigué de vivre, pas fatigué d’être vidé.
Aujourd’hui, on clique, on tape, on scrolle.
On rentre épuisé sans savoir pourquoi.

Hier, on avait moins.
Mais ce “moins” avait du poids.
Un repas préparé ensemble.
Une soirée sans écran.
Une promenade sans GPS.
Une discussion qui durait plus de cinq minutes.

Aujourd’hui, on a tout.
Tout ce qu’on veut, tout de suite, sans effort.
Et pourtant, on n’a plus rien.
Rien qui reste.
Rien qui marque.
Rien qui nourrit.

On est devenus esclaves de ce qui devait nous libérer.
Les machines devaient nous aider.
Elles nous ont pris le geste.
Elles nous ont pris l’attention.
Elles nous ont pris le temps.
Elles nous ont pris la mémoire.
Elles nous ont pris la solitude, même celle qui soigne.

Hier, on vivait dans un monde rugueux, imparfait, lent, parfois injuste.
Mais c’était un monde où l’on pouvait encore sentir quelque chose.
Aujourd’hui, tout est lisse, rapide, optimisé, connecté.
Et pourtant, on se sent plus seul que jamais.

C’était hier que la vie avait une odeur, une texture, une résistance.
Aujourd’hui, elle a une interface.

Et parfois, au milieu de tout ce confort,
on se surprend à regretter ce monde fatigué,
ce monde bruyant,
ce monde imparfait,
ce monde où l’on vivait vraiment.

Parce qu’au fond, ce n’est pas le progrès qui nous manque.
C’est nous-mêmes.

ÉPILOGUE — Après la lumière bleue

Aujourd’hui, on vit entourés d’écrans qui nous promettent tout et ne donnent presque rien.
On a des machines pour penser, pour parler, pour se souvenir, pour choisir, pour décider.
On a gagné du temps, mais on ne sait plus quoi en faire.
On a gagné du confort, mais on a perdu la chaleur.
On a gagné la vitesse, mais on a perdu la direction.

On n’est pas malheureux.
On est déracinés.

On avance dans un monde où tout est disponible, sauf l’essentiel.
On respire dans un air saturé d’informations mais pauvre en présence.
On vit dans des maisons pleines d’objets mais vides de silence.

Et parfois, au milieu de cette lumière bleue qui ne dort jamais,
on ferme les yeux et on revoit ce monde d’hier :
lent, imparfait, fatigué,
mais vivant.

Ce n’est pas le passé qu’on regrette.
C’est la part de nous que nous avons laissée derrière.

Et peut‑être qu’un jour,
quand les machines auront fini de nous distraire,
on retrouvera ce qui manque.
Pas en revenant en arrière,
mais en apprenant enfin
à vivre autrement.

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Michel Autef

Fondateur du blog littéraire Prothéus le poète

Je m’appelle Michel. Je marche parmi les mots comme on traverse une forêt au petit matin : en silence, en cherchant la lumière qui filtre entre les branches. J’écris des contes, des récits et des fragments pour garder vivants les instants fragiles, les visages aimés, les éclats de douceur qui résistent au bruit du monde. Mes textes avancent doucement, sans prétention, comme des lanternes posées sur le chemin. S’ils trouvent un cœur où se déposer, alors leur voyage est accompli.

Date de dernière mise à jour : 27/01/2026