Définition d’un bipède
Le bipède est une créature qui se tient debout,
mais dont l’âme vacille au moindre courant d’air.
Il a deux jambes pour avancer,
mais passe sa vie à tourner en rond dans ses contradictions.
Il se croit supérieur,
mais il trébuche sur les mêmes erreurs depuis des millénaires.
• Il réclame la liberté,
mais il s’enchaîne lui-même à ses peurs,
à ses habitudes,
à ses illusions de contrôle.
Il parle de “libre arbitre”,
mais il suit les modes comme un mouton qui se croit loup.
• Il veut qu’on l’écoute,
mais il n’écoute personne.
Il coupe, il juge, il interprète,
puis il s’étonne que le monde soit un brouhaha permanent.
• Il exige la vérité,
mais seulement si elle ne dérange pas son confort mental.
Dès qu’elle gratte un peu,
il la renomme “agression”, “manque de bienveillance”,
ou “énergie négative”.
• Il rêve de progrès,
mais il glisse sur la première peau de banane venue.
Il construit, détruit, reconstruit,
et s’étonne que rien ne change vraiment.
Il confond mouvement et évolution.
• Il veut être unique,
mais il copie les autres avec une précision de photocopieuse fatiguée.
Il se croit original parce qu’il choisit une couleur différente,
mais il pense comme tout le monde,
s’indigne comme tout le monde,
et se rassure dans la foule qu’il prétend fuir.
• Il veut être fort,
mais il s’effondre dès que la réalité lui parle sans filtre.
Il se dit résilient,
mais il réclame des pansements émotionnels pour chaque inconfort.
Il confond fragilité et fragilisation.
• Il veut du sens,
mais il fuit dès que ça devient profond.
Il préfère les slogans aux idées,
les miracles aux efforts,
les promesses aux preuves.
Il veut comprendre,
mais sans jamais se remettre en question.
• Il veut être compris,
mais il ne se comprend déjà pas lui-même.
Il exige qu’on devine ce qu’il tait,
qu’on répare ce qu’il nie,
qu’on apaise ce qu’il refuse de regarder.
• Il veut être rationnel,
mais il tombe dans les bras du premier vendeur de miracles.
Il croit aux guérisons par la foi,
aux solutions instantanées,
aux discours qui flattent son besoin d’espoir facile.
Il préfère l’illusion qui rassure
à la vérité qui libère.
• Il veut la paix,
mais il entretient ses conflits comme des plantes d’intérieur.
Il dit vouloir l’harmonie,
mais il nourrit la rancœur.
Il dit vouloir la douceur,
mais il choisit toujours le bruit.
• Il veut la solidarité,
mais seulement quand elle ne lui coûte rien.
Il applaudit les aidants,
mais il les laisse seuls.
Il admire la force,
mais il ignore l’épuisement.
• Il veut être humain,
mais il oublie trop souvent l’humanité.
Il parle d’amour,
mais il agit par peur.
Il parle de respect,
mais il exige plus qu’il ne donne.
Bref :
le bipède est un paradoxe sur deux jambes,
une promesse non tenue,
un mélange de grandeur possible et de petitesse répétée.
Et parfois, oui…
on en est déçu.
Pas par mépris.
Par lucidité.
Parce qu’on a trop vu.
Parce qu’on a trop donné.
Parce qu’on espérait mieux.
Mais malgré tout,
le bipède continue d’essayer.
Mal, souvent.
De travers, toujours.
Mais il essaie.
Et c’est peut-être ça,
sa seule rédemption fragile.