On ne se fatigue pas d’aimer
On dit souvent que l’amour use.
C’est faux.
L’amour ne fatigue pas.
Il ne s’érode pas.
Il ne s’efface pas comme une peinture trop exposée au soleil.
Ce qui fatigue,
ce qui casse les reins,
ce qui creuse les nuits,
ce qui fait trembler les mains,
ce n’est pas d’aimer.
C’est tout ce qu’il faut porter autour.
Les démarches absurdes.
Les attentes interminables.
Les corps qui lâchent.
Les mots qu’on ne dit plus.
Les jours qui se ressemblent.
Les nuits qui ne reposent pas.
Les responsabilités qui ne laissent aucun répit.
Les tempêtes qu’on traverse seul, même à deux.
Aimer, ça reste.
C’est la seule chose qui ne s’effondre pas.
C’est la seule lumière qui ne clignote pas.
C’est la seule force qui ne demande rien en retour.
Ce qui épuise,
ce qui ronge,
ce qui finit par faire vaciller,
c’est la souffrance qui s’accumule autour de l’amour,
comme une rouille lente,
comme un poids qu’on ne peut plus poser nulle part.
On ne se fatigue pas d’aimer quelqu’un.
On se fatigue de souffrir pour continuer à l’aimer dignement.
Et pourtant,
malgré tout,
malgré la mer,
malgré les rugissants,
malgré les jours qui mordent,
il reste cette petite flamme têtue,
celle qui refuse de s’éteindre.
C’est elle qui te tient debout.
C’est elle qui te ramène chaque matin.
C’est elle qui fait que tu continues,
même quand tout en toi voudrait s’asseoir un instant.
Ce n’est pas l’amour qui te fatigue, Michel.
C’est tout ce que tu dois traverser pour le protéger.