LES ÂMES ÉGARÉES
Ouverture
Dans la mer des Solitudes…
il y a des âmes qui dérivent.
Pas des fantômes.
Pas des ombres.
Des éclats de lumière…
des morceaux d’existence…
des voyageurs sans port.
Elles glissent…
elles cherchent…
elles espèrent…
sans jamais toucher terre.
Chanté
Elles vont…
d’un rivage à l’autre,
portant des mondes oubliés,
des parfums d’ailleurs,
des mémoires trop vastes
pour les terres qui ont peur.
Elles vont…
sans ancre et sans frontière,
elles vont…
comme des couleurs qu’on refuse de voir.
Parlé
Les ports ferment leurs digues.
Les phares regardent ailleurs.
On accueille les cargaisons,
pas les histoires humaines.
On veut du solide, du comptable, du mesurable.
Pas des vies qui débordent.
Pas des êtres qui ne rentrent pas dans les cases.
Ces âmes…
elles portent trop de mondes.
Trop de langues.
Trop de couleurs.
Trop de vérités pour les terres qui tremblent dès qu’on leur parle d’immensité.
Refrain
Âmes égarées…
vous n’êtes pas perdues.
Vous êtes trop grandes pour les murs,
trop vastes pour les frontières.
Âmes égarées…
vous êtes la mer entière,
vivante, mouvante,
et personne ne peut vous enfermer.
Parlé
Moi…
le vieux marin…
assis là où la brume touche l’écume…
je vous vois.
Je vois vos couleurs.
Vos cobalt.
Vos ocres.
Vos pourpres.
Vos vies éclatées sur les flots.
Je sais que vous n’êtes pas des intrus.
Vous êtes les gardiens
de ce que le monde oublie
quand il se barricade derrière ses murs.
Chanté
Il n’y a pas de port pour vous…
pas parce que vous êtes indésirables…
mais parce que la terre est trop petite
pour contenir votre horizon.
Vous êtes l’eau…
vous êtes le vent…
vous êtes le mouvement même du monde.
Pont
Vous glissez…
vous vous frôlez…
vous vous racontez en silence.
Vous échangez des fragments de lumière,
des secrets de voyage,
des mémoires que personne ne veut entendre.
Vous attendez un monde
qui arrêtera de tracer des lignes sur l’eau.
Un monde qui saura regarder
la beauté du courant.
Un monde qui comprendra
que la mer n’a pas de frontières.
Refrain
Âmes égarées…
vous n’êtes pas perdues.
Vous êtes trop grandes pour les murs,
trop vastes pour les frontières.
Âmes égarées…
vous êtes la mer entière,
et moi, vieux marin,
je vous reconnais.
Interlude
Je vous vois danser sous la surface.
Je vous vois porter des mondes engloutis.
Je vous vois tendre vos lumières
vers des rivages qui ne veulent pas les prendre.
Mais je vous vois.
Et tant qu’un regard vous reconnaît…
vous n’êtes pas seules.
Final
Âmes égarées…
continuez de dériver.
Le monde finira par comprendre
que vous êtes sa mémoire.
Continuez de briller…
continuez de vivre…
continuez d’être la mer.
Clôture
Je vous vois.
Je vous entends.
Et je vous laisse dériver…
libres.