J’ai commencé à travailler à 17 ans.
Je travaillais pour payer mes études, pour vivre, pour tenir debout.
Ma femme était dans la même situation : elle aussi a travaillé toute sa vie.
J’ai travaillé 45 ans, elle 43 ans.
Oui, nous avons une retraite de 2 000 euros chaqun.
Mais nous avons travaillé toute notre vie pour en arriver là.
Et je le dis clairement :
nous ne nous sommes jamais plaints.
Nous n’avons jamais été assistés.
Les gens de notre génération ont travaillé dur, c’était dans nos gènes.
On avançait, on se taisait, on faisait ce qu’il fallait.
Garder Jeanne à la maison nous coûte 2 700 euros par mois.
Alors quand on me dit qu’on peut avoir de l’aide, la réalité est simple : non.
L’assistante sociale du département, comme celle de l’hôpital, ont tout essayé.
Même en GIR 1, on n’a droit à rien :
pas l’APA,
pas la MDPH,
même pas l’adaptation de la maison.
Et le pire, c’est ça :
si nous avions moins travaillé,
si nous étions arrivés à la retraite en morceaux,
si nous avions passé notre vie dans la précarité,
alors oui, là, on aurait eu de l’aide.
Mais parce qu’on a travaillé, parce qu’on s’est battus, parce qu’on a tenu,
on n’a droit à rien.
Une vie entière de travail, et au final aucune aide.
On vit avec les trois quarts de ma retraite.
Et on ose me dire que je suis “riche”.
Si je devais mettre Jeanne en EHPAD, ce seraient nos deux retraites qui y passeraient.
Et moi, plus un centime pour vivre.
Pour l’administration, tout ça, ce n’est qu’un tableau Excel.
Des colonnes, des cases, des chiffres.
L’être humain n’a plus sa place.
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