Michel

La dépression

Le 03/03/2026 0

La dépression, c’est cette eau sombre qui ne t’engloutit pas d’un coup, mais qui monte lentement, patiemment, comme si elle savait que tu finirais par t’épuiser. Au début, tu sens encore le sol sous tes pieds. Tu te dis que tu vas tenir, que tu vas respirer, que tu vas traverser cette marée.

Depression

La dépression, c’est cette eau sombre qui ne t’engloutit pas d’un coup, mais qui monte lentement, patiemment, comme si elle savait que tu finirais par t’épuiser. Au début, tu sens encore le sol sous tes pieds. Tu te dis que tu vas tenir, que tu vas respirer, que tu vas traverser cette marée. Mais l’eau continue de monter, centimètre après centimètre, sans bruit, sans vague, sans avertissement. Elle te prend les chevilles, puis les mollets, puis le ventre, et tu sens déjà ce froid qui s’infiltre dans ta peau, dans tes os, dans tes pensées.

C’est un vertige étrange, un vertige qui ne te tire pas vers le haut comme une falaise, mais vers le bas, comme si le fond de l’eau t’appelait. Tu ne tombes pas : tu glisses. Tu ne cries pas : tu t’enfonces. Et plus tu bouges, plus l’eau semble te retenir, comme si elle avait des mains, comme si elle savait exactement où te saisir pour te ralentir. Tu sens cette traction, cette force sourde qui t’attire vers le fond, comme une gravité intérieure, une pesanteur qui ne vient pas du monde mais de toi.

La dépression, c’est ce moment où tu perds pied. Le sol disparaît, et tu flottes, mais ce n’est pas la légèreté : c’est l’abandon. Ton corps devient lourd, tes pensées deviennent lourdes, ton souffle devient lourd. Tout en toi pèse, comme si chaque cellule avait décidé de renoncer à la lumière. Tu regardes vers la surface, mais elle semble loin, trop loin, comme un souvenir d’un autre temps. Tu voudrais remonter, mais chaque mouvement te coûte, chaque geste te brûle, chaque tentative te rappelle que tu n’as plus la force d’avant.

Alors tu te laisses porter, ou plutôt tu te laisses descendre. L’eau te tire, te guide, t’enveloppe. Tu sens ce vertige vers le bas, cette chute lente, cette spirale silencieuse. Tu n’as pas l’impression de couler : tu as l’impression d’être appelé. Comme si le fond avait une voix, comme si le noir avait une intention, comme si la profondeur te reconnaissait.

C’est un chemin de croix liquide, un calvaire sans terre, où tu avances en reculant, où tu luttes en t’épuisant, où tu respires en te noyant un peu plus. Tu portes ta propre eau, ta propre nuit, ta propre gravité. Et personne ne voit rien. À la surface, tu souris peut‑être encore. Tu parles. Tu fonctionnes. Mais en dessous, tu descends. Lentement. Toujours un peu plus.

Et pourtant, au milieu de cette descente, il arrive qu’une forme apparaisse. Une silhouette floue, lointaine, comme une présence au-dessus de la surface. Une voix, un regard, un geste qui ne juge pas. Une chaleur dans l’eau froide. Parfois une main tendue te permet de… ne pas couler tout à fait, de ralentir la chute, de sentir un appui, de remonter d’un souffle, d’un millimètre, d’un instant. Pas de miracle, pas de lumière soudaine, juste une main, une seule, qui te rappelle que même dans l’eau la plus sombre, tu n’es pas entièrement seul.

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