Je tiens parce que je n’ai pas le choix.
Je ne dors presque pas, je mange à peine, je m’use en silence.
La douleur est là, parfois reculant, parfois tenace, mais j’essaye de passer outre.
Je ne m’effondre pas, pas parce que je suis fort,
mais parce que je repousse l’effondrement d’une heure, d’un jour, d’un geste.
Je ne me plains pas.
Pas parce que tout va bien,
mais parce que si je commence, je ne sais pas où ça s’arrête.
J’ai fait une promesse à Jeanne :
rester à la maison, tenir, être là.
Et dans ma génération, une promesse, c’est une parole d’honneur.
On ne la renie pas.
On ne la négocie pas.
On la porte, même quand elle pèse lourd.
On me dit que je me sacrifie.
Que je ne vis plus pour moi.
Que je m’efface.
Et alors ?
Chacun fait le choix qu’il peut, qu’il veut, qu’il assume.
Moi, j’ai choisi Jeanne.
J’ai choisi d’être là, même quand je suis au‑delà de moi-même.
Oui, je suis souvent prisonnier dans ma maison.
Oui, je dors peu.
Oui, je mange mal.
Mais je ne suis pas mort.
J’ai mon potager, mon poulailler, mes chèvres, mes oies, mes canards.
J’ai la terre, les bêtes, les saisons.
J’ai encore des morceaux de vie qui respirent autour de moi.
Je continue d’aider les autres,
même quand je suis au‑delà de moi-même,
parce que c’est devenu ma manière de rester debout.
Donner, c’est parfois la seule façon de ne pas disparaître.
Et chaque instant où je peux apporter un peu de douceur à Jeanne,
un sourire, un geste, une présence,
c’est une victoire sur la maladie.
Une petite victoire, peut-être,
mais une victoire quand même.
Je tiens par habitude, par instinct, par nécessité.
Je tiens parce que quelqu’un doit tenir.
Je tiens parce que j’ai promis.
Et tant que je peux encore offrir un peu de lumière à Jeanne,
alors oui, je suis prisonnier —
mais je suis aussi vivant.
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