Une journée d’un conjoint‑aidant qui s’épuise
Le matin, il ne se réveille pas : il revient.
Revenir d’une nuit coupée en morceaux, d’un sommeil qui n’en est pas un, d’une vigilance qui ne s’arrête jamais.
Il ouvre les yeux sans savoir s’il a dormi.
Il se lève parce qu’il faut se lever, pas parce qu’il en a la force.
Il traverse la maison comme un fantôme.
Il ne pense pas à lui.
Il oublie ses médicaments.
Il oublie de boire.
Il oublie de manger.
Il s’habille mécaniquement, comme on enfile une armure trop lourde.
Il ne se regarde plus dans le miroir : il n’y verrait rien.
Il entre dans la chambre de l’autre.
L’autre qui ne sait plus.
L’autre qui ne reconnaît plus.
L’autre qui accuse, qui pleure, qui se perd, qui s’accroche.
Il prend tout.
Il encaisse tout.
Il ne répond pas.
Il ne rend pas les coups.
Il est devenu un mur, un rempart, un amortisseur.
Il lave, il habille, il nettoie les accidents.
Il porte un corps qui ne tient plus debout.
Il répète les mêmes phrases, cent fois, mille fois.
Il explique, il rassure, il réoriente.
Il fait ce qu’il doit faire.
Il fait ce que personne ne voit.
Il fait ce que personne ne comprend.
Il n’a plus de matinée : il a des tâches.
Des médicaments à préparer.
Des rendez‑vous à organiser.
Des papiers à remplir.
Des appels à faire.
Il n’a plus de métier : il a une fonction.
L’après‑midi, il surveille.
Toujours.
Il empêche les chutes.
Il calme les angoisses.
Il répond aux mêmes questions.
Il retient les colères.
Il absorbe les peurs.
Il ne vit plus : il prévient.
Parfois, il s’enferme dans les toilettes pour respirer trente secondes.
Juste trente secondes où personne ne l’appelle.
Trente secondes où il n’est pas “l’aidant”.
Trente secondes où il pourrait presque se souvenir qu’il existe.
Le soir, il est vidé.
Mais la journée n’est pas finie.
La maladie ne dort pas.
Elle rôde.
Elle réveille.
Elle efface.
Elle recommence.
Il se couche en sachant qu’il va se relever.
Il dort d’un œil.
Il écoute.
Il attend.
Il est en alerte permanente.
Et au matin, tout recommence.
Sans merci.
Sans pause.
Sans reconnaissance.
Sans personne pour dire : toi aussi, tu t’abîmes.
Il continue.
Parce qu’il aime.
Parce qu’il n’a pas le choix.
Parce qu’il refuse d’abandonner.
Parce qu’il est devenu l’ombre de lui‑même, mais une ombre qui tient encore debout.
Pour en savoir plus c’est sur mon blog michel.e-monsite.com
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