Michel

Le Grand Raout de la Basse Cour

Le 03/07/2026 0

La scène se déroule dans la pénombre

Le Grand Raout de la Basse Cour

La scène se déroule dans la pénombre, au fond de la basse-cour, là où les hautes herbes masquent les conspirateurs. Je suis là, au milieu du troupeau, ajustant mes lunettes sur le nez, ma barbe un peu ébouriffée par le vent marin de la Manche. Autour de nous, c’est le grand raout. Monsieur Blaireau, très digne, les pattes croisées, a pris la présidence de la séance. Il a réclamé le silence d’un coup de griffe autoritaire sur une souche.

« Mesdames, Messieurs les volatiles, chers caprins, écoutez-moi ! » siffle Blaireau en ajustant son masque naturel. « Le grand jour approche : l’anniversaire de Claudine. Sans elle, nous serions tous en train de picorer de la caillasse et de brouter des orties desséchées. Il faut un cadeau. Un vrai. Quelque chose qui soit à la hauteur de celle qui gère notre ménagerie avec une patience de sainte. »

La dinde, excitée, commence à glouglouter des propositions insensées.

« Un bouquet de vers de terre ! » crie-t-elle.

Le paon, dans un élan de vanité, rétorque : « Non, une de mes plus belles plumes pour décorer son chapeau, c’est bien plus chic ! »

Monsieur Blaireau lève les yeux au ciel, ou plutôt au plafond de la grange.

« Soyez sérieux ! Claudine est une femme de terrain. »

Le canard indien, toujours en mouvement, propose une chorégraphie aquatique synchronisée pour le futur bassin, mais les oies s'indignent, estimant que c'est bien trop mouillé pour un cadeau d'anniversaire.

Je prends la parole, un peu en retrait, observant cette assemblée hétéroclite.

« Écoutez, » dis-je en caressant ma barbe, « elle a besoin de repos. Si on lui offrait une "matinée sans cris" ? Les oies, vous ne faites pas de boucan jusqu'à midi. Les chèvres, vous cessez vos concerts de bêlements. Et les dindons, vous gardez vos glouglous pour demain. »

Un silence consterné tombe sur la basse-cour. Monsieur Blaireau fronce le nez.

« C'est radical, Michel. Mais c'est génial. Claudine va se réveiller, il fera un calme plat... elle va croire qu'on a tous été enlevés par des extraterrestres, elle va paniquer, puis elle va se rendre compte que c'est une grâce royale ! »

La chèvre, dans un excès d'enthousiasme, commence déjà à vouloir manger le calendrier pour effacer les dates de travail de Claudine. La pintade, elle, propose d'aller chaparder quelques fleurs sauvages dans le potager enfin, celles qu'on n'a pas encore dévorées pour constituer un bouquet "fait maison" avec l'aide des poules qui iront chercher le ruban qui traîne près de la cabane à outils.

Monsieur Blaireau conclut, solennel :

« C’est décidé. Le cadeau sera un mélange : une matinée de silence total, un bouquet sauvage élaboré par les poules, et une sérénade de bienvenue mais seulement après le café, pour ne pas l'effrayer. Michel, tu es chargé de l'organisation tactique. Ne nous fais pas repérer, on veut qu'elle soit surprise ! »

Je souris, mes lunettes glissantes légèrement. La conspiration est lancée. Claudine n'a aucune idée de la tempête de gentillesse qui l'attend, orchestrée par le plus improbable des comités de direction.

aidant lewy Maladie à corps de Lewy Maladie Neuronale Médical écriture blog litéraire

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