Le grand jour approchait. Pour la Fête de la Musique, il avait été décidé que le jardin d'ordinaire si paisible se transformerait en scène de concert. Au centre de la pelouse, j’avais fièrement installé une estrade en bois. Baguette de chef d'orchestre à la main, mes lunettes vissées sur le nez et ma grande barbe blanche frémissant d'impatience, je tentais de discipliner une troupe de musiciens pour le moins... indisciplinée.
Les divas et les choristes
Au micro, la paonne arborait un collier de fleurs multicolores digne des plus grandes stars de festival. Elle s'échauffait la voix, poussant des "léon ! leon !" vibrants qui faisaient trembler les feuilles des rosiers. Juste derrière elle, juchées sur des caisses de bois, les trois chèvres s'appliquaient à faire les chœurs. Leurs partitions étaient posées sur un pupitre, mais pour être tout à fait honnête, elles passaient plus de temps à essayer de grignoter le papier qu'à suivre le rythme, ponctuant chaque envolée de la paonne par des "mêêê" étonnamment harmonieux.
Un orchestre de basse-cour
Le véritable défi résidait dans l'orchestre.
Le canard blanc, très sérieux, battait la mesure en entrechoquant ses cymbales dorées.
La pintade, un peu nerveuse, secouait ses maracas d'un air surexcité.
Les poules rousses s'en donnaient à cœur joie : l'une picorait un xylophone multicolore tandis que l'autre martelait un tambourin avec un enthousiasme débordant.
La sécurité avant tout
Devant la scène, une grande oie grise avait pris son rôle très au sérieux. Vêtue d’un gilet jaune fluorescent marqué "SERVICE D'ORDRE", elle arpentait le terrain l'air sévère, prête à pincer le premier badaud qui oserait franchir la ligne de sécurité ou tenter de monter sur l'estrade.
Un public conquis d'avance
Derrière les guirlandes de fanions et la banderole annonçant "Le Concert Animalier", les voisins et les enfants du village s'étaient massés le long du muret de la vieille maison en pierre. Le spectacle de cette répétition générale était si improbable que personne ne pouvait retenir ses éclats de rire. Les enfants pointaient du doigt le canard percussionniste, les adultes levaient leurs verres à notre santé, et l'ambiance était déjà festive avant même les premières notes officielles.
C'était une cacophonie joyeuse, un bazar sans nom, mais une chose était sûre : ce concert resterait gravé dans les mémoires du village !
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