Les Bipèdes Qui Voient Sans Regarder (Version 2D)
Les bipèdes ont des yeux, oui.
Deux, même.
Bien placés, bien ouverts, bien orientés vers l’avant.
On pourrait croire que cela leur sert à voir.
Erreur d’interprétation.
Les bipèdes ne voient pas :
ils captent.
Ils absorbent des images comme des éponges sèches absorbent de l’eau sale.
Ils avalent des pixels, des reflets, des couleurs, des slogans, des visages, des ombres.
Ils avalent tout.
Ils ne digèrent rien.
Ils voient le monde comme on regarde une vitrine en courant :
un flou décoratif.
Ils voient les arbres, mais jamais une feuille.
Ils voient les visages, mais jamais un regard.
Ils voient les livres, mais jamais une phrase.
Ils voient les instants, mais jamais le temps.
Ils voient tellement de choses qu’ils ne voient plus rien.
Leur vision est un inventaire, pas une présence.
Mini‑Souris, elle, regarde.
Elle regarde lentement, profondément, silencieusement.
Elle regarde comme on écoute une musique rare :
avec l’intérieur.
Les bipèdes, eux, confondent regarder et vérifier.
Ils vérifient que le monde est encore là,
que leur reflet existe encore,
que rien n’a changé sans leur autorisation.
Ils ne regardent pas pour comprendre.
Ils regardent pour se rassurer.
Mini‑Souris les observe, amusée.
Elle sait que les bipèdes ne manquent pas de vision.
Ils manquent de profondeur.
Ils manquent de temps.
Ils manquent de silence.
Ils voient sans jamais regarder,
comme on respire sans jamais sentir l’air,
comme on vit sans jamais habiter sa vie.