Les trois phases, vues depuis le rivage
Il y a des moments où je me retourne sur la route,
et je vois les trois phases de la vie comme trois saisons qui ne reviennent jamais vraiment.
Elles passent, elles s’effilochent, elles laissent des traces,
et chacune emporte quelque chose qu’on ne retrouvera plus.
Dans la jeunesse, j’avais le temps.
J’avais l’énergie aussi, cette énergie brute qui déborde sans prévenir,
qui fait croire qu’on peut tout recommencer, tout réparer, tout tenter.
Mais je n’avais pas d’argent, pas de sécurité, pas de murs solides.
Je vivais avec des rêves plus grands que mes poches,
et je pensais que ça suffirait pour traverser le monde.
C’était léger, insouciant, parfois naïf.
Et pourtant, il y avait là une lumière que je ne retrouverai plus jamais de la même façon.
Puis l’âge adulte est arrivé, sans prévenir.
Là, j’ai eu l’argent ou du moins un peu plus qu’avant
et j’ai gardé l’énergie, même si elle s’est mise à coûter plus cher.
Mais le temps…
le temps s’est mis à disparaître.
Il s’est glissé entre les obligations, les responsabilités, les rendez-vous,
les nuits trop courtes et les journées trop longues.
On court, on s’épuise, on promet qu’on se reposera plus tard.
On croit qu’on a encore des réserves.
On croit qu’on peut tenir.
Et on tient, parce qu’il faut bien.
Et puis un jour, sans qu’on sache vraiment quand,
on entre dans la dernière phase.
La vieillesse, ou ce qui y ressemble.
On retrouve le temps enfin
et parfois un peu d’argent aussi.
Mais l’énergie, elle, s’est mise à parler une autre langue.
Elle se fait rare, capricieuse, fragile.
Le corps rappelle qu’il a traversé des tempêtes.
Les cicatrices deviennent des archives.
Les gestes se font plus lents, plus mesurés.
On apprend à choisir ce qui compte,
à laisser tomber ce qui pèse,
à ne plus courir après ce qui ne reviendra pas.
On n’a jamais tout en même temps.
Jamais.
Et peut-être que la vie est construite ainsi pour nous obliger à regarder autrement.
À apprécier ce qui est là, maintenant,
même si ce n’est pas parfait,
même si ce n’est pas ce qu’on avait imaginé.
La nostalgie n’est pas un regret.
C’est une façon de dire merci à ce qui a été,
et de faire un peu de place à ce qui reste.
Aujourd’hui, je marche dans cette phase où le temps s’est élargi,
où l’énergie se fait discrète,
où les souvenirs prennent plus de place que les projets.
Et pourtant, il y a encore une lumière,
plus douce, plus basse, plus vraie.
Une lumière qui dit :
« Tu es encore là.
Tu traverses encore.
Et chaque instant compte. »