Fable : Le Camion, la Pente et le Choix
Il était une fois, tout en haut d’une côte si raide qu’on aurait dit une falaise couchée,
un camion.
Un bon vieux camion, solide, fidèle, mais chargé comme un mulet têtu.
Dans sa benne, il y avait de tout :
des pierres, des souvenirs, des obligations, des “il faut”, des “on verra plus tard”,
et même quelques poids que personne n’avait jamais identifiés.
Le camion regarda la pente.
Elle descendait droit vers la vallée,
comme une invitation… ou un piège.
Trois chemins s’offraient à lui.
1. Le chemin direct
Le plus court.
Le plus rapide.
Le plus brutal.
S’il descendait tout droit, il arriverait en bas, oui…
mais les freins crieraient, la mécanique souffrirait,
et il risquait d’arriver cabossé, fumant, épuisé.
C’était la voie de ceux qui foncent sans réfléchir.
2. Le chemin détourné
Plus long.
Moins spectaculaire.
Mais doux pour les freins et pour le moteur.
Il arriverait en bas entier,
peut‑être un peu plus tard,
mais avec dignité.
C’était la voie de ceux qui choisissent l’intelligence plutôt que la vitesse.
3. Le choix du sage : alléger
Le camion pouvait aussi s’arrêter,
ouvrir sa benne,
et regarder ce qui pesait vraiment.
Il pouvait enlever ce qui n’était plus utile,
ce qui appartenait au passé,
ce qui n’était pas à lui,
ce qui l’empêchait d’avancer.
Il pouvait faire deux voyages,
ou trois,
ou autant qu’il fallait.
C’était la voie de ceux qui respectent leur propre mécanique.
Le camion réfléchit longtemps.
Puis il fit ce que font les êtres vivants qui ont compris quelque chose au monde :
il allégea.
Il choisit.
Il prit son temps.
Et quand il descendit enfin,
il arriva en bas entier,
maître de sa trajectoire,
et fier de ne pas avoir brûlé ses freins pour rien.