La Fable des Trois Singes Modernes
Dans une ville saturée de bruit, de notifications et d’opinions jetées comme des pierres,
vivaient trois singes que tout le monde croyait naïfs.
Le premier, Ne-Pas-Voir, marchait les yeux mi-clos.
On le traitait d’aveugle.
Mais lui voyait très bien — il choisissait simplement ce qui méritait d’être vu.
Il laissait passer les colères inutiles, les images qui blessent, les pièges qui divisent.
Il gardait ses yeux pour la lumière.
Le second, Ne-Pas-Entendre, avait toujours un sourire tranquille.
On disait qu’il fuyait la réalité.
Mais lui entendait tout — il choisissait seulement ce qui valait la peine d’entrer en lui.
Il laissait glisser les cris, les jugements rapides, les peurs contagieuses.
Il gardait ses oreilles pour les voix qui apaisent.
Le troisième, Ne-Pas-Dire, parlait peu.
On le croyait lâche.
Mais lui savait que les mots peuvent blesser plus vite qu’un couteau.
Il ne disait rien qui ajoute du poison au monde.
Il gardait sa parole pour les moments où elle pouvait réparer.
Un jour, la foule se moqua d’eux :
« Vous êtes inutiles ! Vous ne voyez rien, n’entendez rien, ne dites rien ! »
Les trois singes se regardèrent, puis répondirent ensemble :
Nous voyons ce qui éclaire.
Nous entendons ce qui élève.
Nous disons ce qui apaise.
Ce n’est pas fuir le monde.
C’est refuser de l’abîmer davantage.
Et la foule, un instant, se tut.
Car chacun comprit que les trois singes n’étaient pas naïfs.
Ils étaient maîtres d’eux-mêmes dans un monde qui réagit trop vite.