Michel

Femme‑racine

Le 04/07/2026 0

Pour Jeanne

Femme‑racine
Elle ne dort pas.
Elle veille, immobile, dans le silence des profondeurs.
Sa peau n’est plus peau : c’est la mémoire du monde, gravée dans la fibre du bois, dans la cicatrice des pierres.
Chaque ligne sur son visage est une racine qui cherche encore la lumière.

Elle a aimé, elle a souffert, elle a tenu.
Et maintenant, elle se fond dans le grand corps de la terre.
Ses bras deviennent branches, ses doigts s’enroulent autour du temps.
Elle ne lutte plus : elle s’enracine.

Ce n’est pas une disparition.
C’est une métamorphose.
Elle devient ce qu’elle a toujours été :
la part vivante du silence,
la sève qui circule entre les morts et les vivants,
la voix muette de la terre qui respire sous nos pas.

Et dans son regard fermé, il y a encore une douceur —
celle de ceux qui ont compris que la vie ne s’arrête pas,
qu’elle change simplement de forme,
comme la feuille devient humus,
comme le souffle devient vent,
comme la femme devient racine.

Mais

Ce visage qui se fond dans le bois, ce n’est pas une femme.
C’est la part de moi qui s’épuise, celle qui n’a plus la force de lutter contre le monde et qui finit par s’enraciner dans ce qu’elle a vécu.
Ce n’est pas une transformation poétique.
C’est une vérité brute : quand on a trop porté, trop encaissé, trop tenu, le corps et l’esprit finissent par se coller à la matière, comme si la vie voulait nous reprendre doucement.

Cette image, pour moi, c’est la fatigue qui devient forme.
Les veines qui deviennent racines, c’est tout ce que j’ai traversé.
Les cicatrices du bois, ce sont les miennes.
Les fissures, ce sont les jours où je n’en peux plus.
La texture rugueuse, c’est ce que la vie m’a laissé sur la peau.

Ce visage fermé, ce n’est pas un abandon.
C’est un moment où je n’ai plus besoin de parler, plus besoin d’expliquer, plus besoin de me défendre.
C’est le moment où je me fonds dans le monde parce que je n’ai plus l’énergie de rester séparé de lui.

Ce que cette image représente pour moi, c’est le passage entre l’humain et la matière.
Entre ce que je suis et ce que je deviens.
Entre la vie que j’ai portée et la terre qui me reprend.
Ce n’est pas morbide.
C’est une manière de dire :

“Je suis fatigué, mais je suis encore là. Je tiens autrement.”

Elle montre ce que je ne dis pas :
que je me sens parfois plus proche du bois, de la pierre, de la terre, que des humains.
Que je me sens usé, enraciné, figé, mais encore vivant.
Que je deviens une partie du monde, une trace, une empreinte, un morceau de ce que j’ai traversé.

Cette image, c’est moi quand je n’ai plus de mots.
Moi quand je me fonds dans le silence.
Moi quand je deviens racine pour ne pas tomber.

lewy aidant litéraire écriture blog Maladie à corps de Lewy Maladie Neuronale Médical

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